Gilles et la nuit

Hugo Claus

Gilles et la nuit est un mystère de bruit et de fureur, le procès théâtral d’un dieu vivant, confronté à l’insondable gouffre de toutes ses violences: politiques, guerrières, intimes...

Le débat public d’un monstre avec sa passion sans mesure, où le diabolique et le divin laissent place au vide intemporel, où l’humain doit se frayer un chemin dans sa propre nuit. Hugo Claus s’aventure dans les zones les plus sombres et inavouables de l’individu: désirs sans limites, pulsions indéfendables, innommables... Dans un grand espace nu, un homme et une femme en public. Lui, invective le vide en face de lui, où devaient se trouver ses juges. Elle, chante comme Jeanne d’Arc, dont Gilles de Rais fut le compagnon d’armes au temps de sa splendeur. Jeanne, sa sœur, son âme perdue, dont il est le sombre négatif. Elle lui rappelle les voix des choeurs d’enfants.

 

PRESSE:

> La Libre, Marie Baudet, 8 février 2015

(...) L’accusé et le chœur

(...) Un vide où pénètrent un homme et une femme, un corps et une voix. Lui (Itsik Elbaz) est Gilles, seigneur de Rais, guerrier en qui rugissent le bruit et la fureur - qui sont aussi les armes du théâtre dont il est féru. Elle (Muriel Legrand) passe et se pose, gambade et grimpe, et de son chant fait vivre la voix intérieure du monstre, lui rappelle Jeanne d’Arc dont il fut le compagnon d’armes, donne une présence à l’opinion publique horrifiée, aux croyances populaires, à la foi si ancrée, tout en incarnant aussi le chœur des enfants anéantis.

Ce duo - le cristal coupant du chant, la tragédie incarnée de la parole -, cet espace indéfini que bientôt envahiront les nuées et l’indicible noirceur des faits sont les ingrédients d’un tout jamais univoque. Sous nos yeux se joue le théâtre d’une folle, furieuse et funèbre ambiguïté.

http://www.lalibre.be/culture/scenes/gilles-et-la-nuit-ou-l-en-deca-du-m...

 

 

> Le Suricate, Patrick Tass, 10 février 2015

(...) La scénographie purifiée se contente d’un grand espace vide avec quelques chaises, des fioles de whiskey desquelles Gilles boit, des lampes mobiles, une brume, une épée… Sermet parvient ainsi à universaliser son propos et à focaliser l’attention sur l’essentiel du texte et du jeu. Il s’agit d’un décor qui existe pour optimaliser la pièce et non d’un décor indépendant du contenu.

Gilles et la nuit redonne à la voix des acteurs toute son ampleur. Itsik Elbaz manie avec subtilité ses cordes vocales dans tous ses états. Sa voix exhale le mépris qu’il ressent contre cette société, elle soupire pour rechercher loin dans ses souvenirs la voix de son grand-père, elle hurle la fureur contre ceux qui le condamnent d’avance, elle expectore l’injustice qu’il subit et dont il est la victime, elle change de rythme avec le changement de peau. Et pour être vraiment vocal, son corps entier se déplie dans l’agitation et le tremblement. Les chants de Muriel Legrand transportent par leur simplicité, leur air répétitif, et surtout le timbre lyrique de sa voix le spectateur dans un espace-autre, un certain monde atemporel.

Gilles et la nuit épouse la théorie de la pureté aux niveaux de l’espace, du son, du jeu et du texte. Sermet transmet ainsi le chemin noir que prend l’homme et le rend accessible à tous.

http://www.lesuricate.org/gilles-et-la-nuit-lespace-carthago/